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06/07/2007

LE DISCOURS DE POLITIQUE GENERALE DE 1974 A 2007

 

Le discours de politique générale est un exercice fastidieux et obligé pour un Premier Ministre.

Il doit informer le parlement du choix de la méthode sans tomber dans le piège du « catalogue de la redoute » des mesures.

Dans cet exercice, la personnalité du Premier Ministre s’illustre même si cela est difficile face à un Président omniprésent :

Cette tache est d’après Jacques Chirac en 1974 est une

« Tache exaltante, tache difficile »

Dans son discours de 1974, Jacques CHIRAC dit

«  L’indépendance nationale restera l’objectif intangible de notre politique », mais là où Jacques CHIRAC étonne quand dans le même discours, il fait l’éloge du plan, je cite :

« La finalité profonde du Plan sera de rendre les Français plus heureux »

 

Il considère aussi que la réduction du temps de travail, et l’abaissement de l’age de la retraite sont souhaitables, je cite :

« L’aménagement des loisirs et des vacances sera l’un des problèmes majeurs des dix prochaines années.

C’est un domaine ou nous devrons réduire les inégalités qui résultent des disparités de revenus et mettre en œuvre les moyens nécessaires pour répondre aux besoins nouveaux qu’entraîneront la réduction souhaitable de la durée du travail et l’abaissement progressif de l’âge de la retraite. »

 

En 1976 Raymond Barre est le nouveau Premier Ministre.

Le professeur Barre rappelle dans son discours les paroles prononcées par Georges Pompidou, alors Premier Ministre le 15 Avril 1966 :

« La lettre et l’esprit de la constitution de 1958, disait Pompidou, veulent que le Gouvernement soit entièrement libre de demander ou non un vote de confiance……….. »

Ainsi Raymond BARRE n’engage la responsabilité du Gouvernement que sur le projet de loi de Finances rectificative pour 1976.

Raymond BARRE fait l’éloge de l’entreprise et surtout de l’esprit d’entreprise, je cite

«  Dans une société industrielle moderne, l’entreprise ne saurait vivre dans un état de dépendance à l’égard de l’Etat.

L’esprit d’entreprise, c’est précisément celui qui conduit à l’émancipation et non pas à l’assistance. Il est indispensable à notre pays. C’est lui qui doit, notamment, permettre le renforcement de la capacité de notre économie à offrir des emplois stables et nombreux, mais il est clair que l’esprit d’entreprise ne peut se déployer si la liberté des chefs d’entreprise est trop limitée et si les résultats financiers des entreprises sont insuffisants »

 

Raymond BARRE rappelle :

« L’Etat est le garant de l’intérêt général, c’est à lui qu’il appartient de décider en dernier ressort »

 

Pierre Mauroy succède à Raymond Barre comme Premier Ministre en 1981.

La victoire de la gauche est éclatante, Pierre Mauroy définit la nouvelle donne, je cite :

« Notre pays est aujourd'hui engagé dans une nouvelle phase de mutations industrielles et technologiques. Les dures lois de la concurrence et de la productivité s'imposent à une économie ouverte qui s'insère dans la mondialisation des échanges. A nous de dominer le progrès, de dominer la machine. A nous de les mettre enfin au service de l'homme. A nous "d'aller à l'idéal et de comprendre le réel". »

« Mesdames et messieurs, en élisant François Mitterrand les Françaises et les Français ont choisi de substituer à une société dure aux plus démunis une société juste et équitable. Mais pour donner plus aux uns, il faut donner moins aux autres.

Il n'y aura pas de miracle. Il n'existe pas de cagnotte où prélever les revenus versés aux uns sans toucher à ceux des autres. »

« Il n'est pas de politique nouvelle possible sans un contrôle effectif du crédit. C'est pourquoi le Gouvernement déposera en priorité dès l'automne un projet de loi relatif à la nationalisation du crédit.

La nécessité de la nationalisation du crédit est apparue très tôt dans la vie politique française. Elle a reçu une concrétisation partielle avec la démocratisation de la Banque de France sous le gouvernement du Front populaire en 1936, puis en 1945 avec la nationalisation de l'institut d'émission et de quatre grandes banques de dépôt opérée par le gouvernement d'union nationale dirigé par le général de Gaulle. La nationalisation, longtemps envisagée, des banques d'affaires fut alors contrariée par la pression des forces conservatrices.

Eh bien ! Cette grande réforme, nous entendons aujourd'hui la parachever. Il convient donc, dans le prolongement des lois de 1936 et de 1945, de nationaliser le secteur bancaire.

Ainsi, le Gouvernement se dotera des moyens de mettre en oeuvre une politique du crédit rénovée et orientée vers l'amélioration du service rendu aux utilisateurs et à l'économie »

 

En 1984, Laurent Fabius succède à Pierre Mauroy.

« Moderniser et rassembler : telles sont les priorités du gouvernement que je conduis. » disait Laurent Fabius.

Laurent Fabius définit sa politique, je cite :

« Alors, moderniser, pourquoi ? Par goût du neuf, par souci de la mode ? Evidemment non: moderniser pour livrer la bataille de l'emploi. Le chômage, nous le connaissons tous, nous le vivons dans nos communes, dans nos circonscriptions. C'est un crève-cœur et un cancer. »

Il dira aussi :

« Ma démarche est celle-ci : toute amélioration réelle de l'emploi passe par une certaine croissance; toute croissance durable suppose un appareil de production solide, capable d'exporter et de défendre ses positions sur le marché intérieur; tout appareil de production solide requiert d'être moderne pour soutenir la concurrence. »

La cuvée Fabius 1984 est plus moderne que celle de 2007.

 

En 1986 Jacques Chirac succède à Laurent Fabius, c’est la première cohabitation en France.

Cette cohabitation est définie par une citation célèbre de Mitterrand :

« La Constitution, rien que la constitution, toute la constitution ».

Dans son discours de politique générale Jacques Chirac pointe le « mouvement d’espérance »

« Car les Français ne se résignent pas. Beaumarchais a bien exprimé cette faculté de nos compatriotes à se ressaisir devant l’obstacle, faculté qui fait sans doute le trait le plus attachant du génie français : La difficulté de réussir ne fait qu'ajouter à la nécessité d'entreprendre. Oui, malgré ses épreuves, la France vit aujourd'hui un grand moment d'espérance.

Les Français attendent, ils espèrent un changement. Notre devoir est de répondre à cet espoir. »

 

 

En 1988 François Mitterrand est réélu Président de la République et il nomme Michel Rocard Premier Ministre.

Dans son discours du 29 juin 1988, Michel Rocard rappelle sa détermination à approfondir «  la démocratie de tous le jours », « à réconcilier urbanité et urbanisme », à créer le RMI (Revenu Minimum d’Insertion).

« La solidarité n'est pas la bonne conscience de la modernisation, elle est la condition de sa réussite. Parce qu'elle donne tout son sens au respect de l'autre, au respect de la dignité humaine. »

« Si une gestion rigoureuse de l'économie s'impose, c'est qu'il n'y a pas de trésor caché. Ni à gauche dans la relance. Ni à droite dans la déréglementation. Le respect de la contrainte extérieure n'est pas une simple exigence financière, c'est une condition de notre indépendance. La maîtrise des dépenses publiques et sociales s'impose car tout alourdissement de la dette publique se paye un jour par une limitation de notre taux de croissance. »

 

 

En 1991 Edith CRESSON succède à Michel Rocard, c’est la première femme Premier Ministre en France

Edith Cresson définit sa politique :

« Etre vertueux, puisque tel est le vocabulaire, n'interdit pas d'être audacieux. Sur un franc fort, nous construirons une France forte.

Tel est le problème; tel est mon projet : utiliser toutes les marges de manœuvre pour rétablir la situation de l'emploi ; et les utiliser pleinement, car, comme l'a rappelé le Président de la République : "d'ici peu, nous n'aurons d'autre protection que notre talent, notre capacité créatrice et notre volonté. Il n'y a pas de temps à perdre pour muscler davantage notre économie et porter les industries au plus haut, tout en préservant nos équilibres financiers". »

« Pour agir, nous organisons. C'est le sens de la création d'un grand Ministère chargé à la fois notamment de l'Economie, des Finances, de l'Industrie et du Commerce extérieur. Cette nouvelle structure, mariant culture industrielle et culture financière, doit renforcer l'efficacité de notre dispositif public. »

 

 

En 1992 Pierre BEREGOVOY succède à Edith Cresson.

Les élections régionales et cantonales ont été un échec pour le parti socialiste.

Pierre Bérégovoy définit son équipe gouvernementale:

« Mesdames et messieurs les députés, ce Gouvernement est resserré, c'est vrai. Le " dernier carré ", ai-je entendu, les " fidèles du Président de la République ". Faudrait-il en rougir ? Nous sommes fidèles. En effet, à la personne et à l'action du chef de l'Etat, et nous ne sommes pas les seuls: aux moments décisifs, en 1981 et en 1988, les Français, eux aussi. Ont été fidèles à François Mitterrand. »

« Attendons donc calmement le verdict des urnes de 1993. Je ne gouvernerai pas avec l'obsession du prochain scrutin. Je chercherai, non par la démagogie, mais par l'action, à restaurer la confiance et à renouer avec l'espérance. Je gouvernerai, mesdames et messieurs les députés, pour la France et les Français. »

 

 

Mais en 1993 les français élisent une majorite de droite et Edouard Balladur succède à Pierre Bérégovoy. C’est la seconde cohabitation.

Edouard Balladur définit sa feuille de route :

« Telle est la mission qui nous est impartie : orienter la France vers le renouveau. Mais ce n'est pas tout et notre conception de la République nous impose des devoirs : celui de pratiquer la tolérance et le respect d'autrui; celui de rester ouverts aux autres, attentifs aux .propositions, d'où qu'elles viennent; celui en somme de rassembler tous les Français.

Renouveau, tolérance, rassemblement, tels sont les principes de l'action du Gouvernement. »

Sa maxime est celle de Marc-Aurèle : "l'obstacle est matière à action".

 

 

Mais en 1995 Jacques Chirac est élu Président de la République sur la thématique de la fracture sociale et il nomme Alain Juppé Premier Ministre.

Dans son discours de politique générale, Alain Juppé en appelle au « renouveau du pacte républicain », je cite :

« L'espérance d'un nouveau pacte républicain qui donne à chacun d'entre nous, au sein de la Communauté nationale, sa place de citoyen à part entière. Le cours naturel des choses ne va pas toujours dans ce sens. Il favorise trop souvent les puissants et brime les petits. »

« Oui, Monsieur Le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, nous nous lançons à nous-mêmes ce défi : c'est sur notre capacité à provoquer en France un profond et durable mouvement de création d'emplois que nous demanderons, le moment venu, à être jugés.

Cette bataille pour l'emploi, nous la mènerons sur tous les fronts. Il nous faudra à la fois :

- remettre en marche le moteur de l'intégration sociale,

- libérer les forces vives du pays,

- réformer notre système d'éducation et de formation,

- moderniser l'État,

- impliquer davantage l'Union européenne dans la bataille pour l'emploi,

- construire enfin une France plus forte, capable de retrouver l'esprit de conquête pour mieux défendre ses intérêts dans le monde. »

 

 

Mais à la suite des élections provoquées par le Président de la République en juin 1997, les français donnent une majorité de gauche à l’assemblée.

Lionel Jospin succède à Alain Juppé, c’est la troisième cohabitation dans l’histoire de la cinquième République

Lionel Jospin prononce son discours de politique génèrale le 19 juin 1997.

Dans ce discours, Il définit les exigences :

« Assurément, les Français ont tenu à rejeter sans ambiguïté une pratique dépassée du pouvoir. Ils ont aussi exprimé un choix, porteur d'espoir, mais pétri d'exigences.

Exigence de respect, à commencer par celui de la parole donnée. Les engagements pris devant le peuple français durant la campagne seront honorés.

Exigence d'efficacité. Progressive, maîtrisée, inscrite dans la durée, la méthode de travail que j'ai assignée à mon gouvernement est à mes yeux essentielle, parce qu'elle conditionne l'efficacité de son action.

Exigence de compréhension. Notre attitude à l'égard des Françaises et des Français doit être celle du dialogue continu, de l'attention scrupuleuse, de la disponibilité constante.

Exigence de changement, enfin. La nouvelle majorité a été choisie par les Français parce qu'elle leur paraissait la mieux à même d'incarner non "le changement" en général, mais un changement précis, dont il importe de tracer le mouvement. » et il propose un «  pacte républicain et un pacte de développement et de solidarité »

Il définit son rôle selon la constitution :

« Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation. Le Premier ministre dirige l'action du Gouvernement. Telles sont les prescriptions claires et précises de la Constitution. Elles seront mises en oeuvre. »

 

Le 21 Avril 2002 est marqué par un séisme politique, le candidat de l’extrême droite est présent au second tour de l’élection présidentielle.

Lionel Jospin est éliminé au premier tour.

Jacques Chirac est réelu Président de la République.

Il nomme Jean pierre Raffarin Premier Ministre qui succède à Lionel Jospin.

Dans son discours de politique générale, Jean Pierre Raffarin définit son chemin :

« Dans cette situation, notre route est droite mais la pente est forte. Une phrase du rapport de l’audit de la situation des finances publiques que m’ont remis Messieurs Bonnet et Nasse, trace la ligne du courage : “ des réformes de fond sont nécessaires, la simple recherche d’économies sans modifications de l’organisation et des structures n’est plus à la dimension du problème ” ».

Il définit ses rapports avec les autres :

« Le principe d’humanité ” qui m’anime laisse toujours une place à l’autre, à l’avis contraire. Cette démarche s’oppose à celle des certitudes faciles qui conduisent à des décisions fragiles. Notre pays attend des décisions éclairées mais des décisions fermes. C’est ensemble que nous construirons ces décisions. Le Parlement est en effet le cœur de notre démocratie, le lieu où tous les Français se sentent représentés, le lieu où est pensé et défendu l’intérêt général.

Avec cette conviction, mon gouvernement rendra compte de son action au Parlement, proposera les initiatives nécessaires pour que les objectifs soient tenus et s’engagera chaque année sur la réalisation de ses objectifs ».

Vaste programme comme dirait le Général De Gaulle.

 

 

En 2005 Dominique De Villepin succède à Jean Pierre Raffarin et il va s’entourer comme pour le gouvernement Bérégovoy du dernier carré des fidèles à Jacques Chirac avec quelques amertumes pour certains comme François Fillon

Le 8 juin 2005 Dominique De villepin prononce son discours de politique générale. Après l’hommage au Président de la République et à son prédécesseur.

Il dit :

« La mondialisation n’est pas un idéal, elle ne peut pas être notre destin. Ils attendent de nous que nous affirmions nos valeurs. Notre vision héritée de 1789 a sa grandeur et sa vérité. Oui, la France veut rester une conscience vivante. Oui, la France veut être aux avant-postes. Oui, la France veut se tourner résolument vers l’avenir ».

"Nous devons aller plus loin dans l’initiative, plus loin dans la solidarité."

 

Et il ajoute :

« Notre premier devoir est de regarder la réalité en face. La vérité, c’est que nous sommes confrontés à une situation difficile. Alors que le monde connaît des changements sans précédent, l’Europe se divise et la France tarde à s’adapter ».

Il évoque ensuite que sa première bataille sera d’aller chercher les emplois là ou ils se trouvent………..

 

 

Mais Jacques Chirac ne se représente pas à l’élection présidentielle et c’est Nicolas Sarkozy qui est élu Président de la République en 2007.

Il nomme un fidèle à lui : François Fillon Premier Ministre.

François Fillon prononce son discours de politique générale le 3 juillet 2007 .

François Fillon dit :

« En démocratie, le succès des uns ne signifie pas le déni des autres. Chaque Français doit être respecté dans ses convictions et ses votes ».

Puis avec un emploi du « je » au lieu du « nous » et pour exister face à un Président omniprésent, il dit :

« Je vous dois la vérité car elle est au cœur de la rupture ».

« Nous n’avons pas réussi, faute d’avoir osé rompre avec ce cercle vicieux qui consiste à travailler de moins en moins et à s’endetter de plus en plus afin de combler l’écart croissant entre nos capacités de production et nos ambitions redistributives qui n’ont cessé de s’élargir.

Nous n’avons pas réussi, faute d’aller au bout des réformes. Par appréhension politique, par hésitation intellectuelle.

Ces atermoiements ont provoqué un divorce entre les pouvoirs et les citoyens. Il a été sanctionné par une instabilité électorale et gouvernementale unique en Europe qui fut préjudiciable à toute continuité politique ».

Dans la bataille des citations, il fait référence au Général de Gaulle qui disait :

« Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, cela c’est une erreur nationale impardonnable »

Et sur la modernisation de la vie démocratique, il s’interroge :

« Nous rechercherons ensemble comment mieux assurer la représentation de la diversité politique de la société française sans mettre en péril le principal atout de la cinquième république : des majorités nettes et stables pour agir.

Faut-il faire élire quelques députés au scrutin proportionnel ?

Faut-il renforcer le rôle du Sénat en lui ajoutant cette mission de représentation de la diversité ?

Aucun sujet ne doit être tabou si nous souhaitons sincèrement aboutir à un consensus sur la modernisation de notre démocratie.

Enfin nous devrons engager, comme le demande le conseil constitutionnel, une révision de la carte des circonscriptions législatives ».

Les mauvaises langues ont baptisé le discours de François Fillon de SARKOZERIE.

Ainsi les premiers ministres passent mais les problèmes persistent